Bilan

2015, année noire du commerce genevois

Initié dès janvier par l’abandon du taux plancher, le repli concerne tous les secteurs. Le contexte sécuritaire, les grèves de décembre et les déprédations commises en ville samedi dernier pourraient aggraver la situation sur la fin d’année.

A Genève, le volume d’affaires a baissé de 4% à 25% selon les mois, par rapport à l’exercice précédent.

Crédits: DR

Des soldes jusqu’à -50% avant les fêtes, le constat est symptomatique: «Cela prouve bien que les commerçants genevois sont aux abois», estime Isabelle Fatton, du Groupement des transports et de l’économie, et secrétaire patronale à la FER. Pour les grands magasins regroupés au sein du Trade-club (Bongénie, Coop, FNAC, Hermès..), comme pour les petites enseignes de la Fédération du commerce genevois, le bilan de 2015 reste le même: une baisse de volume d’affaires comprise entre 4% à 25% selon les mois, par rapport à l’exercice précédent.

«On aurait pu penser que le luxe ou l’alimentaire tiendraient mieux, mais il n’en est rien. Si un secteur résiste un mois, le suivant, il plonge», relève Isabelle Fatton, qui considère avoir à faire à la «pire année de la décennie». Le paroxysme pourrait être atteint cette fin d'année suite aux déprédations commises en centre-ville samedi dernier. Une vingtaine de vitrines de banques et commerces ont été cassées lors d'une manifestation non autorisée qui a dégénéré. Montant des dégâts: des dizaines de milliers de francs. 

Revalorisation salariale dans un contexte délicat

En cause, l’abandon du taux plancher le 15 janvier 2015, qui s’est fait plus particulièrement ressentir à Genève, où la concurrence des commerces de France voisine est la plus forte. «La décision de la BNS a pris tout le monde de court. Les approvisionnements auprès des fournisseurs avaient déjà été effectués. Il a fallu parfois attendre l’été pour négocier de meilleures conditions d’achat», souligne Isabelle Fatton.

Difficile dans ces conditions de baisser les prix, d’autant plus que la branche du commerce genevois s’est engagée dans la voie d’une forte revalorisation salariale. La révision de la CCT, signée en 2014, prévoit une hausse graduelle des salaires, visant en 2017 le seuil de 4000 francs mensuels pour les métiers les moins qualifiés, au risque d’impacter l’emploi dans le secteur. «J’ai effectué un sondage auprès d’une partie des commerces genevois, et au vu des retours, j’ai déjà pu constater 150 suppressions de postes», déplore la secrétaire patronale.

Vers une flexibilité accrue

Face à l’urgence de soutenir l’activité, la branche réclame une ouverture dominicale, sur le modèle de ce qui se pratique dans certains cantons, Zurich par exemple. Une réunion entre associations de commerçants, syndicats, et Pierre Maudet, conseiller d’Etat en charge de l’économie, s’est tenue mercredi 16 décembre, et des propositions allant en ce sens ont été émises.

Elles doivent maintenant être étudiées par les partenaires sociaux et ne pourront probablement pas déboucher sur une loi avant plusieurs mois. Un délai d’autant plus pénalisant que la loi Macron autorise désormais en France l’ouverture des commerces 12 dimanches par an, rendant le tourisme d’achat plus attractif pour les Genevois.

Un mois de décembre difficile

Le contexte particulier du mois de décembre, venu se greffer sur une situation déjà tendue, ne permet pas d’envisager de perspectives encourageantes en termes de fréquentation pour la fin d’année.

«Il y a bien sûr les craintes sécuritaires après les attentats de Paris, et les alertes récentes sur Genève, mais aussi les 7 jours de grève qui ont paralysé le centre ville ce mois-ci», relève Isabelle Fatton, qui estime que l’ouverture jusqu’à 21h30 le 23 décembre, ainsi que celle exceptionnelle du samedi 2 janvier, ne suffiront pas à compenser le retard pris: «Je ne vois pas la situation se retourner prochainement. Ou alors, ce serait vraiment une grosse surprise».

 

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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