Bilan

Vivre plus vieux, mais à quel prix?

Calculées tous les cinq ans, les tables de mortalité LPP influencent le montant des rentes de vieillesse. Que nous révèlent celles publiées fin 2020?

Après 65 ans, l’espérance de vie pour une femme est de 22,2 ans, et de 20,4 ans pour un homme.

Crédits: Westend61/Getty images

Le taux de conversion sert à calculer le montant de la rente de vieillesse viagère d’un assuré, à partir de son capital retraite accumulé. Schématiquement, ce taux est actuariellement correct lorsque la durée de versement de la rente correspond exactement à l’espérance de vie du bénéficiaire, qui découle des probabilités de décéder; dans ce cas, la caisse de pension ne fait ni gain ni perte de survie. A chaque publication d’une nouvelle table de mortalité, l’organe suprême de la caisse doit donc contrôler la pertinence des paramètres techniques retenus (l’objectif de rente) de son plan de prévoyance. Si l’espérance de vie augmente, le taux de conversion baisse. Mais on va voir que cela n’est pas si simple…

Les tables de mortalité LPP 2020, élaborées en collaboration avec quinze grandes institutions de prévoyance sur la période d’observation de 2015 à 2019, ont été publiées fin 2020. Elles sont renouvelées périodiquement, car les fréquences des décès fluctuent par nature; leur publication est quinquennale.

De nombreuses caisses sont concernées. Selon leurs auteurs, les tables techniques LPP étaient utilisées par près de 1100 institutions de prévoyance fin 2019 et servaient à l’évaluation de près de deux tiers des capitaux de prévoyance des institutions de prévoyance.

Plus âgés, mais aussi plus seuls

D’après les tables LPP 2020, l’espérance de vie moyenne d’une personne de 65 ans est de 20,4 ans pour un homme et de 22,2 ans pour une femme. Avec les tables LPP 2015 précédentes, celle-ci s’élevait à respectivement 19,8 et 21,9 années. Pour la nouvelle génération de retraités, une caisse de pension doit donc s’attendre statistiquement à verser quelques termes de rentes en plus... et donc a priori revoir le taux de conversion de son règlement à la baisse!

Si les rentes étaient versées uniquement aux retraités et retraitées (mais pas aux survivants), le taux de conversion actuariellement correct se monterait à 5,9% avec les tables LPP 2020 (6,1% pour LPP 2015) pour un homme à 65 ans et 5,3% (5,4% pour LPP 2015) pour une femme à 64 ans. Les calculs supposent que le rendement futur est de 1,75%.

Cependant, le versement des rentes ne s’arrête pas forcément au décès: une rente de veuve ou de veuf peut aussi y faire suite pour les couples mariés ou liés par un partenariat enregistré. Outre les probabilités de décéder, les tables mesurent donc d’autres facteurs biométriques comme la probabilité d’être marié à un âge donné (probabilité de laisser, en cas de décès, un conjoint ayant droit à une rente) et l’âge moyen du conjoint survivant.

Avec une prestation en faveur du conjoint survivant de 60% de la rente de retraite en cours, les taux de conversion LPP 2020 sont de respectivement 5,1% pour un homme à 65 ans et 5,2% pour une femme à 64 ans. Avec les bases LPP 2015, on obtenait exactement les mêmes taux! En d’autres termes, l’espérance de vie des retraités a augmenté entre 2015 et 2019, mais on s’attend en revanche à moins de nouvelles rentes de conjoint survivant. Tous ces paramètres se sont donc compensés dans le taux de conversion.

A défaut d’assister à une prochaine remontée des taux de conversion, les nouvelles tables LPP 2020 conduiront-elles à une atténuation des baisses déjà décidées par les caisses? Chaque caisse de pension ayant une approche qui lui est propre et les attentes de rendement jouant également un rôle considérable, il n’est malheureusement pas possible d’y répondre simplement…

Et qu’en est-il de l’impact du coronavirus? Selon le Centre universitaire de médecine générale et santé publique de Lausanne (Unisanté), le nombre de décès en Suisse a augmenté de 8,8% l’année dernière en raison de la pandémie de coronavirus: cette surmortalité a essentiellement touché les personnes âgées. La période d’observation des tables LPP 2020 s’étant arrêtée à 2019, celle-ci n’est pas reflétée dans les dernières tables publiées. Rendez-vous en 2026 pour mesurer cet impact sur le taux de conversion!

Jérôme Cleuvenot, GiTeC Prévoyance SA

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