Bilan

Télétravail : comment les entreprises suisses voient l'avenir ?

En mars 2020, l'arrivée du coronavirus a bousculé l'équilibre entre nos vies privées et nos vies professionnelles en imposant – de facto – le travail à distance, communément appelé télétravail. Cette nouvelle façon de travailler s'est en effet banalisée avec la crise sanitaire : quels en sont les avantages et les inconvénients ? Et comment les différentes entreprises s'organisent en Suisse ? Bilan fait le point.

En Suisse, la vie de bureau a encore de beaux jours devant elle...

Crédits: JTI

Travailler à la maison est aujourd'hui perçu comme un droit pour une majorité de Suisses et de Suissesses. Selon une enquête réalisée par l'institut GFS pour Syndicum, 89% des salariés interrogés estiment que le télétravail devrait être autorisé dans leur entreprise, en complément de l'activité sur place. Et 79% souhaitent poursuivre ce système après la pandémie, tandis que seuls 6% rejettent cette option. Face à ce constat, plusieurs grandes entreprises suisses ont décidé d'accorder à leurs employés plus de flexibilité dans l'aménagement du temps de travail avec un objectif : leur offrir un meilleur équilibre entre vie professionnelle et privée.

Accorder une plus grande flexibilité

Chez Credit Suisse, tous les salariés qui le désirent auront la possibilité de travailler chez eux à plein temps. Début juillet, le PDG André Helfenstein a dévoilé « The Way We Work » : un nouveau modèle de travail « tourné vers l’avenir ». Dans les faits, chaque collaborateur pourra déterminer, « en concertation avec ses équipes et son supérieur hiérarchique », le pourcentage de temps qu’il souhaite passer en dehors du bureau et les jours ouvrables pendant lesquels il souhaite travailler au bureau, selon le communiqué. Cette décision fait suite à une étude interne menée par la banque aux deux voiles entre juillet et décembre 2020 sur les différentes formes de travail qui a conclu que les collaborateurs qui travaillaient le plus à domicile sont les plus satisfaits, mais aussi les plus productifs. Ce nouveau modèle sera mis en place « progressivement » jusqu'à la fin de l'année en Suisse (13'220 personnes) et en fonction des directives nationales dans d'autres pays, précise le communiqué.

De son côté, la banque concurrente et voisine UBS a également confirmé dans un email adressé à l'AFP au début de l'été qu'elle allait introduire « un nouveau modèle hybride » de télétravail entre bureau et domicile « là, où les fonctions, tâches et lieux le permettent ». Les détails de cette nouvelle organisation n'ont pas encore été dévoilés par le numéro un bancaire suisse qui emploie plus de 72'000 personnes au niveau mondial. « Les options seront introduites pays par pays, le calendrier dépendant de la situation locale en matière de pandémie », a précisé le nouveau directeur général Ralph Hamers qui a repris les commandes de la banque helvétique en novembre dernier.

Les banques ne sont pas les seules à encourager le télétravail en Suisse. Japan Tobacco International a acté ses « nouvelles méthodes de travail » le 1er juillet dernier : ses salariés ont la désormais possibilité de travailler jusqu’à 50% de leur temps à distance et dix jours par an hors de leur pays de résidence. « Nous laissons derrière nous la culture du présentéisme et les méthodes de management du passé pour faire place à un nouveau concept basé sur la confiance, l’utilisation des technologies et la disponibilité de modalités de travail flexibles », affirme Caroline Kulko, porte-parole du groupe basé à Genève, « seuls la performance et les résultats comptent, pas le nombre d’heures passées au bureau ». Le groupe entend ainsi être à l'écoute de ses collaborateurs et leur apporter le meilleur équilibre possible entre vie privé et vie professionnelle.

Développer les outils numériques

Et le team building dans tout ça ? Le travail à distance ne doit « pas nous empêcher de nous rassembler virtuellement », affirme Caroline Kulko, « nous continuons de nourrir l’esprit de collaboration pour maintenir un haut niveau d’engagement de nos équipes chez JTI ». Dans cette optique, le géant du tabac qui emploie plus de 40'000 personnes dans le monde dont 1'400 en Suisse a lancé plusieurs initiatives de team building à distance : des webinaires axés sur la méditation et sur le développement personnel, des cours de cuisine ou encore des jeux et des compétitions en ligne pour continuer de stimuler ses employés et renforcer l'esprit d'équipe...

Au sein du Groupe Firmenich, les réflexions sur les nouvelles formes d'organisation du travail ne sont pas nouvelles : un programme de flexibilité du travail a été mis en place dès 2018 dans toutes les filiales. « Nous avons instauré des lignes directrices simples et claires sur la flexibilisation de l'environnement de travail », explique François Rohrbach, Directeur Général Suisse, « celles-ci ne concernent pas uniquement le télétravail, mais elle s'étendent aussi à la flexibilisation de l'amplitude des horaires de travail ou du taux d'activité, ainsi qu'à la possibilité de bénéficier d'un congé sabbatique pour poursuivre un projet personnel », par exemple. Sur le plan matériel, les salariés dont la fonction ne nécessite pas une présence sur site étaient déjà équipés pour travailler à domicile et, pour eux, le passage au télétravail s'est donc fait de façon « plutôt naturelle », précise le Directeur Général Suisse.

Poursuivre l'échange et les contacts

Mais la transition du bureau traditionnel vers un environnement de travail plus flexible ne doit pas se faire au détriment de la collaboration et de l'échange entre les collaborateurs, c'est pourquoi l'entreprise familiale suisse ne souhaite pas instaurer le travail 100% à distance : « nous sommes favorables à un modèle de travail hybride, avec au moins deux à trois jours par semaine de travail sur site et le reste à distance, si nos collaborateurs le souhaitent. S'ils souhaitent venir sur place à temps plein, ils seront bien entendu autorisés à le faire également », indique François Rohrbach.

Car si la majorité des Suisses considère aujourd'hui le télétravail comme un droit ou une nécessité, nombreux sont ceux qui souhaitent néanmoins retourner travailler au bureau, notamment dans les plus petites structures. Au sein du cabinet 100 Rhône Avocats par exemple, sur la vingtaine de collaborateurs, seuls deux ont décidé de poursuivre le télétravail après la levée du confinement. « Dans notre métier, la dimension humaine est très importante », observe Maître Philippe Cottier, associé de l'étude et Bâtonnier de l'Ordre des Avocats de Genève, « avant le coronavirus, nous étions plutôt convaincus qu'il fallait mettre en place plus de télétravail au sein du cabinet, parce que cela semblait répondre à un souhait de nos collaborateurs et collaboratrices, mais finalement la crise nous a prouvé le contact physique entre nous est essentiel et que le travail en équipe est beaucoup plus difficile à distance », poursuit-il.

Alors télétravailler oui, mais pas forcément tous les jours. Et surtout laisser le choix aux collaborateurs de travailler sur site, s'ils le souhaitent ! En Suisse, la vie de bureau a encore de beaux jours devant elle...

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Laure Wagner

Journaliste

Lui écrire

Laure Wagner est correspondante indépendante à Genève pour les médias francophones. Elle a travaillé pendant six années en tant que journaliste rédactrice et reporter au sein de la rédaction de France 24 à Paris.

Pour le service politique, elle a couvert tous les grands événements de ces dernières années et notamment les élections présidentielles et législatives françaises de 2012 et 2017. Elle a également réalisé de nombreux reportages sur des sujets d'économie et de société pour les différents magazines de la chaîne internationale.

Elle est titulaire d'une double licence en Histoire et en Science Politique et d'un master en Histoire des relations internationales (Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne).

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