Bilan

Formation: les métiers du digital restent très demandés

La pénurie sévit dans le monde de la transformation digitale. Pour acquérir ces compétences, il faut recourir à la formation continue et aux cours en ligne.

La transition numérique manque de filières de formation dédiées.

Crédits: Dean Mitchell/Getty images

«Il est actuellement quasiment impossible de trouver un développeur d’application mobile. Et pas seulement sur le marché suisse, il n’y en a pas non plus en Italie, ni en Serbie. La pénurie sévit jusqu’en Inde, alors que ce pays est le berceau d’une main-d’œuvre très qualifiée en informatique.» Cofondateur et directeur de Darwin Digital, Daniel Kaempf estime que l’ensemble des filières menant aux métiers de la transformation numérique devrait être renforcé en Suisse. «Pour l’heure, le meilleur cursus est un diplôme d’ingénieur d’une école polytechnique fédérale ou d’une haute école spécialisée. Ensuite, il faut compléter ses connaissances par des formations en ligne. Et puis surtout, il faut gagner de la pratique en exerçant dans une entreprise en tant que junior.»

Sur le terrain, le jeune professionnel est souvent déçu par la minceur du salaire d’un développeur junior, en regard d’une demande aiguë sur le marché. Daniel Kaempf explique: «Pour l’employeur, le problème est que le nouveau collaborateur n’est pas productif dans l’immédiat. Il doit d’abord se faire la main sur des projets les plus différents possible, avant de pouvoir mener seul le développement d’applications.» Dans la pratique, le directeur de Darwin Digital conseille aux aspirants développeurs de maîtriser déjà complètement une ou deux tâches, comme le marketing sur les réseaux sociaux par exemple, lorsqu’ils convoitent un poste en entreprise. La compagnie peut ainsi déjà bénéficier de compétences opérationnelles, tout en investissant dans la formation au développement d’applications.

Quelques pistes de formation

Faute de filières explicitement dédiées, les métiers de la transition numérique sont souvent pratiqués par des autodidactes. Mais l’informatique n’est plus le secteur des pirates des débuts. Les entreprises ont maintenant introduit à l’embauche des batteries de tests. Difficile de les surmonter sans un solide bagage. Nous vous livrons quelques pistes de formation. Du côté de l’offre en ligne, la plateforme Coursera jouit d’une très bonne réputation. Créé en 2012 par deux professeurs d’informatique de l’Université américaine Stanford, ce réseau qui réunit des universités prestigieuses a établi des partenariats avec des compagnies telles qu’IBM, PwC ou encore Google. La majorité des cours sont en anglais, mais des cursus en français sont également disponibles. L’offre est pléthorique. Il vaut la peine de consacrer un peu de temps à lire les avis sur les forums pour trouver le diplôme qui correspond le mieux à vos besoins.

Daniel Kaempf, Cofondateur et directeur de Darwin Digital. (DR)

«La transformation numérique est un domaine qui évolue rapidement. Il faut constamment veiller à être à jour. La curiosité et l’envie d’entreprendre font partie des compétences fondamentales à développer», note Lionel Stoudmann, directeur de la formation des cadres chez HEC Lausanne. Ce dernier est à la tête d’un nouveau CAS (Certificate in Advanced Studies) consacré à l’innovation digitale qui démarre cet automne. Ce programme, au prix de 9500 francs, a pour focus l’intersection entre les approches commerciale et numérique. Lionel Stoudmann souligne qu’«au vu de l’importance des besoins en personnel qualifié en informatique, le nombre de nouveaux entrants sur le marché du travail s’avère très insuffisant. La formation continue joue donc un rôle essentiel pour amener sur le marché les professionnels que recherchent les entreprises.»

De son côté, la HEG (Haute Ecole de gestion de Genève) propose un CAS transformation digitale pour 9200 francs. La formation en est à sa quatrième volée. Anciennement donné en anglais, cet enseignement est dispensé en français depuis janvier 2021. Destiné aux cadres, le programme a pour but d’enseigner les outils pratiques et d’analyse nécessaires à mettre en œuvre une transformation digitale. «Ce cursus relève du management et de la gestion de projet. Les participants sont très souvent des professionnels qui doivent opérer ce processus au sein de leur entreprise. Cette formation permet à d’autres de changer d’employeurs. Pour les personnes qui sont en transition professionnelle, ce CAS est souvent une manière de débloquer la situation», observe Alexandre Caboussat, professeur et responsable de la filière International Business Management à la HEG.

Comme Lionel Stoudmann, Alexandre Caboussat considère que la formation continue constitue aujourd’hui la clé de voûte de tout parcours professionnel. «A la HEG, notre hypothèse de travail est qu’il faut des études plus courtes et plus fréquentes, ainsi qu’une offre actualisée pour coller à la réalité du marché de l’emploi. L’époque où on faisait de longues études pour ensuite intégrer le monde du travail sans revenir sur les bancs d’école est révolue. Le modèle actuel est celui d’un va-et-vient constant entre la formation et l’exercice de sa profession.»


L'école 42, une nouvelle façon d’apprendre

(DR)

A Lausanne, une déclinaison helvétique de l’Ecole42 fondée en 2013 par Xavier Niel à Paris a ouvert ses portes aux candidats à l’apprentissage de l’informatique. Cette institution financée par des sponsors forme gratuitement des développeurs en trois ans. Son originalité: pas d’enseignants ni de cours, mais un parcours en forme de jeu d’apprentissage, avec à la clé, des énigmes à résoudre (lire l'interview de son directeur Christophe Wagnière).

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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