Bilan

A l’EPFL, les étrangers réussissent généralement mieux

Pierre Dillenbourg, vice-président associé pour l’éducation de l’EPFL, décrypte les taux de réussite des élèves en première année.

Journée d’accueil des nouveaux étudiants à l’EPFL, septembre 2021.

Crédits: Alain Herzog/EPFL

La traditionnelle rentrée universitaire, le 21 septembre dernier, n’a pas transformé l’EPFL en ruche bourdonnante. Le certificat Covid étant obligatoire, beaucoup d’étudiants n’ont pas pu se rendre physiquement sur le campus. Interview de Pierre Dillenbourg, vice-président associé pour l’éducation de l’EPFL.

Pierre Dillenbourg. (DR)

Quel regard portez-vous sur cette rentrée universitaire avec certificat Covid?

Avec le retour sur le campus de 10 000 étudiants qui ont voyagé pendant l’été, le risque était grand de devoir prochainement refermer partiellement le campus si nous ne prenions aucune mesure. Demander un certificat me semble donc raisonnable. Nous avons mobilisé nos enseignants pour offrir aux étudiants qui seront en ligne un accès aux cours et exercices le plus semblables possible aux cours en présentiel.

Combien d’étudiants sont inscrits en première année à l’EPFL?

Plus de 3000 étudiants sont inscrits. Il s’agit d’un nombre record en première année car beaucoup d’étudiants ont bénéficié de mesures exceptionnelles en 2020 et 2021, à la suite du Covid. Ils ont pu prolonger d’une année la durée de leurs études, sans que cela ne compte comme un échec. En prenant uniquement les nouveaux inscrits, nous ne comptons qu’une petite centaine d’étudiants de plus par rapport à l’année précédente.

Peu d’étudiants passent le cap fatidique de la première année. Toutes facultés confondues à l’EPFL, quel a été le taux de réussite lors de la dernière session d’examens?

Globalement, le taux de réussite en première année des nouveaux étudiants est en légère augmentation par rapport aux années antérieures. Il se chiffre à 43% en 2021, contre 39% en 2020 et 36% en 2019. Il s’agit uniquement d’étudiants nouveaux, hors redoublants et hors étudiants issus du cours préparatoire de mathématiques spéciales (CMS) qui permet de consolider ses compétences en sciences de base avant d’amorcer ses études bachelor.

Le taux de réussite global est, par contre, de 78% pour les étudiants qui redoublent et ceux issus du CMS. Ce taux n’est pas comparable aux taux des années antérieures car, en 2019-2020, les conditions d’échec ont été ajustées à cause de la pandémie de Covid-19 et cela a entraîné une modification significative des étudiants en situation provisoire.

Les étudiants détenteurs d’une maturité fédérale ont-ils plus de peine à passer le cap de la première année par rapport à ceux qui ont décroché un titre secondaire à l’étranger?

Les critères d’admission à l’EPFL ne sont pas les mêmes pour tous. Pour les jeunes ayant étudié en Suisse, une maturité fédérale suffit pour entrer en première année, peu importe la moyenne obtenue et l’option choisie. Chez les détenteurs d’un titre secondaire supérieur européen, les exigences sont en revanche plus élevées. Leur moyenne générale doit être égale ou supérieure à 80% de la note maximale. Pour un bac scientifique français, cela équivaut à un 16 sur 20. Nous sommes beaucoup plus sélectifs avec les étudiants qui ont suivi un cursus à l’étranger. De ce fait, ils réussissent généralement mieux.

Les exigences d’admission à l’EPFL sont plus élevées pour les détenteurs d’un titre européen.

Le taux de réussite des étudiants ayant une formation antérieure suisse (par exemple maturité cantonale) est de 37% (contre 32% les deux années antérieures). Les nouveaux étudiants ayant une formation antérieure française ont un taux de réussite de 49%. En revanche, leur taux de réussite est comparable aux titulaires d’une maturité cantonale avec l’option «physique et application des mathématiques» dont la réussite est de 44%. Cette année, nous avons à l’heure actuelle un peu plus de 1550 étudiants inscrits avec une maturité suisse et un peu plus de 1450 étudiants français. Ces chiffres sont encore provisoires.

Existe-t-il de grandes différences entre les facultés en matière de réussite?

Le taux de réussite en première année des nouveaux étudiants varie selon leur provenance. Certaines formations attirent beaucoup d’étudiants possédant une maturité option biologie-chimie. Or, avec un niveau de maths standard, les probabilités d’échec en première année sont plus élevées.

Quelles sont les facultés qui attirent le plus grand nombre d’étudiants cette année?

Nous avons plus de 300 inscrits en informatique et en génie mécanique. Il y a 482 inscrits en informatique et 472 en génie mécanique. Cette dernière formation pourrait être perçue a priori très traditionnelle. Mais beaucoup de projets de robotique, de voitures autonomes ou de drones y sont abordés. D’où son succès. Un peu plus loin dans le classement, on trouve l’architecture avec un peu moins de 250 nouveaux inscrits ou la physique, les sciences du vivant et la microtechnique qui passent la barre des 200 nouveaux arrivants.


Le nombre de femmes inscrites ne décolle pas

L’EPFL peine à augmenter la proportion de femmes parmi ses étudiants, malgré «beaucoup d’efforts pour encourager les étudiantes à s’inscrire», déclare Pierre Dillenbourg. Les chiffres restent stables. Depuis cinq ans, elles ne représentent qu’un tiers de la totalité des étudiants inscrits en première année. «C’est probablement à l’école secondaire inférieure que la promotion des sciences auprès des jeunes filles devrait être renforcée. C’est à cet âge que se font généralement les choix d’études», avance le vice-président associé pour l’éducation de l’EPFL.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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