Bilan

USA, Italie, Grèce, Portugal: les bourses tremblent

Les tensions politiques dans plusieurs pays occidentaux et l'impact sur les stratégies économiques pèsent sur les marchés financiers. La plupart des bourses mondiales ont ouvert en recul ce lundi.
  • Les marchés financiers ont ouvert en baisse partout à travers le monde ce lundi 30 septembre. Crédits: Reuters
  • La principale inquiétude des traders réside dans les négociations au Congrès américain sur le budget. Crédits: Reuters
  • Le président Obama et ses Démocrates refusent toute solution de compromis avec les Républicains qui aboutirait à repousser d'un an la mise en oeuvre du programme de sécurité sociale. Crédits: Reuters
  • En Italie, Silvio Berlusconi a mis sa menace à exécution et demandé à ses ministres de quitter le gouvernement de coalition droite-gauche. Crédits: Reuters
  • De ce fait, le Premier ministre Enrico Letta se retrouve fragilisé et pourrait être contraint de démissionner s'il ne trouvait plus de majorité au parlement. Crédits: Reuters
  • A Portugal, les élections de ce week-end ont été remportées par le leader de l'opposition de gauche Antonio Jose Seguro, qui a fait campagne sur le refus de l'austérité et de la politique de rigueur. Crédits: Reuters
  • Du coup, le Premier ministre actuel, Pedro Passos Coelho, pourrait devoir laisser sa place. Les réformes mises en oeuvre depuis plusieurs mois afin de redresser les finances du pays sont menacées. Crédits: Reuters
  • En Grèce, suite au meurtre d'un rappeur antifasciste, le leader du parti néonazi Aube dorée, Nikos Mihaloliakos, et les 17 autres élus du parti au parlement grec ont été arrêtés. Crédits: Reuters
  • Si ces députés venaient à démissionner, le quota serait atteint et des élections devraient être convoquées, qui mettraient en danger le gouvernement d'Antonis Samaras, engagé dans une politique de rigueur budgétaire très impopulaire. Crédits: Reuters
Tokyo, Hong-Kong et Sydney, puis Francfort, Paris, Zurich, Londres, Milan et Madrid: tous les indices boursiers sont orientés à la baisse ces dernières heures. Une tendance qui devrait se confirmer à l'ouverture des marchés à Wall Street.

Pas question de parler de krach: les baisses restent mesurées ce lundi 30 septembre avec des valeurs comprises entre -0,82% et -2,06% pour les plus grandes places financières d'Europe et d'Asie. Mais cette tendance généralisée marque l'inquiétude des investisseurs face à des situations de blocages politiques dans plusieurs pays de la zone euro et surtout les États-Unis.

L’État fédéral américain pourrait être gelé

C'est la situation à Washington qui a sans doute le plus d'impact sur les marchés: le conflit sur le budget entre Républicains et Démocrates au Congrès pourrait déboucher sur une paralysie partielle de l’État fédéral. Les élus ont encore quelques heures (jusqu'à minuit heure de Washington, 6h demain matin heure suisse) pour trouver un compromis sur un budget provisoire.

Radicalisée sous l'influence des élus proches du Tea Party, la position ferme des Républicains fait face à celle tout aussi décidée des Démocrates, qui ont annoncé qu'ils refuseraient tout projet repoussant la mise en œuvre du projet de couverture sociale votée voici quelques mois et qui doit entrer en vigueur au 1er janvier 2014.

En cas de désaccord persistant, toutes les dépenses de l’État fédéral seraient gelées. L'impact sur de nombreuses entreprises serait lourd de conséquences, tandis que la fermeture partielle des services publics américains pendant deux semaines pourrait réduire la croissance économique des USA de 0,3 à 0,5 point, selon de nombreux analystes.

La crainte de nouvelles élections en Italie

Cette tension majeure se combine à d'autres incertitudes politiques en Europe. Ainsi, en Italie, 3e économie de la zone euro, le retrait des ministres affiliés au parti de Silvio Berlusconi pourrait fragiliser le gouvernement d'Enrico Letta, voire aboutir à sa chute, quelques mois à peine après son entrée en fonction.

Toutes les réformes engagées depuis le printemps seraient gelées pendant la durée de la campagne électorale, qui pourrait être longue et compliquée. La légitimité du gouvernement qui sortirait de ce scrutin pourrait également être fragilisée avec l'émiettement de l'échiquier politique italien et la montée des courants populistes de droite et de gauche.

Changement de majorité au Portugal

Autre pays qui avait initié des réformes ces derniers mois et qui risque de les voir remises en cause: le Portugal. Les conservateurs au pouvoir avaient engagé une politique de réduction des déficits exigeant d'importants sacrifices. Or, les électeurs, appelés ce week-end aux urnes, ont porté au pouvoir le centre-gauche, qui a fait campagne sur un assouplissement de cette politique de rigueur.

La composition du nouveau gouvernement et les premières annonces des nouveaux dirigeants sont attendues avec inquiétude sur les marchés financiers. Avec son économie fragilisée, le Portugal avait fait appel à la solidarité européenne ces derniers mois. L'aide avait été accordée en échange de mesures strictes. Le renoncement à ce plan de bataille pourrait faire replonger le Portugal, alors que de premiers indices d'une reprise étaient apparus à la fin de l'été.

Le gouvernement grec menacé

Enfin, dernier foyer majeur de tension et d'inquiétude: la Grèce. L'«homme malade de la zone euro» a vécu une fin de semaine agitée avec l'arrestation de nombreux élus du parti néonazi Aube dorée. Or, si les 18 parlementaires de la formation démissionnaient, cela pourrait déboucher sur une dissolution du Vouli (le parlement grec).

La coalition menée par Antonis Samaras volerait alors en éclat et les opposants à la politique de rigueur menée depuis plus d'un an par le Premier ministre actuel serait fortement menacée par les opposants à l'austérité, de l'extrême-droite comme de la gauche radicale.

L'aversion au risque augmente sur les marchés

Toutes ces incertitudes pèsent sur les marchés boursiers, alors même que la tendance était plutôt à un optimisme prudent ces dernières semaines, au vu des signes de redémarrage de l'économie mondiale.

«Les marchés s'attendent au pire et l'aversion au risque augmente», avertit ainsi le Credit Agricole dans une note.

Les économistes du courtier Aurel BGC avertissent pour leur part qu'«une semaine compliquée pour les investisseurs va débuter. Elle est essentiellement marquée par un risque politique».

Concernant l'Italie, Philippe Gudin, analyste chez Barclays, relève que, «même si cette nouvelle crise politique n'est pas vraiment une surprise, elle ouvre la porte à une période de grande incertitude au moment où les inquiétudes sur la viabilité budgétaire et la faible performance économique du pays montent».
Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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