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Que peut la Suisse face au Far West fiscal?

«Il est désormais conseillé de dire globalement au revoir à l’Amérique. La démarche est douloureuse, les Etats-Unis ayant été pendant un temps l’économie de marché la plus dynamique au monde. Mais pour l’heure, il n’y a qu’un mot d’ordre possible: adieu l’Amérique!» Cette conclusion du commentaire d’investissement de Konrad Hummler, datée du 24 août 2009, fut très remarquée pour son courage. Aucune autre banque en Suisse n’avait osé prendre une telle position. Au même moment pourtant, la banque Wegelin, dirigée par l’auteur de ces lignes, acceptait des clients américains non déclarés et leur structurait des entités offshore invisibles au fisc, ces entités mêmes qui avaient presque coûté sa survie à un établissement bien plus grand, UBS. L’associé principal de Wegelin écrivait ces mots, alors que trois de ses gestionnaires ne disaient pas adieu à l’Amérique, mais commettaient ce qui allait leur valoir une inculpation fin 2011. Konrad Hummler, lui, reste à ce jour potentiellement condamnable aux Etats-Unis, tout comme les sept autres associés, de par leur responsabilité illimitée envers les engagements de la banque. Lorsque l’affaire est révélée, la banque minimise et nie le fait que cela pose un danger pour sa survie le 9 janvier. Deux semaines plus tard, elle est vendue à Raiffeisen.

Résistance, cupidité... ou déroute

Comment expliquer cette schizophrénie de l’homme fort de la banque privée saint-galloise, l’un des plus constants et stables penseurs de la place helvétique? Certes, son «adieu» était adressé au marché des capitaux américains, dans lequel il jurait de ne plus investir pour le compte de ses clients. Il ne s’est pas engagé dans cette lettre à cesser toute activité transfrontalière avec des clients américains. Au contraire, il se posait en résistant. Héroïsme ou appât du gain, toujours est-il qu’il était devenu le plus fervent critique des pratiques fiscales américaines. Il dénonçait  combien la définition d’une «U.S. person» était devenue complexe et tentaculaire, car elle répondait à une «vision excessivement expansive». Il évoquait en outre «l’élargissement potentiellement impérialiste de l’assujettissement à l’impôt U.S. sur les successions à l’ensemble du monde». Comment un banquier aussi conscient des risques peut-il écrire ces mots tout en continuant d’accepter des clients soumis au fisc le plus dangereux de la terre? Confusion, déroute, débandade sont les mots qui viennent à l’esprit. Ce fut l’état dans lequel semblait plongé l’ensemble de la classe politique et bancaire suisse, quand le grand frère américain a soudain ouvert les feux dès 2008, d’une manière plus agressive que jamais auparavant, qu’on en oubliait presque que les deux pays étaient jusque-là amis, alliés, qu’ils faisaient partie de ce bloc uni qu’est l’Occident.

Consolidations bancaires en vue

D’aucuns (et d’innombrables Suisses d’ailleurs) défendront la position américaine en répondant que les méthodes des banquiers suisses pour aider des Américains à évader le fisc étaient inacceptables. Soit. Mais plus personne n’ignore combien ce raisonnement est court. La lutte anti-évasion des autorités américaines n’est pas équitable et impartiale. Elle se concentre exclusivement sur les banques suisses, délaissant les places où se trouve l’essentiel de l’argent gris américain. Procédons à un simple calcul: UBS détenait quelque 20 milliards d’avoirs gris américains; Credit Suisse aurait géré quelque 3 milliards jusqu’à fin 2008. Wegelin  aurait dissimulé 1,5 milliard entre 2005 et 2010. Quelque 11 banques suisses sont concernées par des activités similaires, qui pourraient correspondre à une «amende» globale entre 3 et 5 milliards lors du règlement final que négocient actuellement Berne et Washington, selon des sources de Bilan. Disons que 30 milliards d’avoirs américains étaient cachés en Suisse. Au total, les avoirs gris américains sont estimés à 1200 milliards de dollars par le Sénat. Qui se soucie des places mystérieuses où se cachent les 1170 milliards restants, et de la nationalité des banques qui les aident à y arriver? Pendant ce temps, en Suisse, des consolidations bancaires, possiblement importantes, auront lieu. Pour l’heure, les petites transactions se multiplient. Outre Wegelin, les filiales suisses d’ABN Amro et d’ING ont été vendues, Faisal Private Bank cherche un repreneur, Cramer & Cie et BPG fusionnent, et des dizaines de gestionnaires indépendants sont à vendre.

Commentaires

Donc faire partie du "bloc uni de l'Occident" (notion qui reste à définir) justifierait donc la position de "prédateur fiscal" des banques suisses et leur exonération de toute sanction??? Chere Madame, quand vous êtes invité chez des amis, vous ne partez pas avec l'argenterie! Même si votre voisin de table le fait... Par ailleurs les 1200 milliards gris que vous evoquez incluent les bénéfices de certaines sociétés americaines qui sont parqués dans des comptes, inclus de banques suisses, sous couvert de la règle du "deferred benefits". Il ne s'agit pas d'évasion fiscale (quoique) mais de planification que permet l'incroyable complexité/laxisme du fisc americain. Donc non poursuivable. L'incroyable passivité de la France et de l'Allemagne, meme leur compromission, face à une evasion fiscale supérieure de 80 et 250 Milliards respectivement, en est d'autant plus surprenante...
Merci pour votre commentaire. Les 1200 milliards que j'évoque n'incluent pas les bénéfices de sociétés. Il s'agit uniquement d'avoirs privés. En fait, ce sont plutôt 1600 milliards d'avoirs privés américains qui sont dissimulés hors des Etats-Unis, selon le document du Sénat US intitulé "Offshore Tax Abuses, the Tools, the Enablers, and Secrecy". Il est évident que le 85% de cela n'est pas en Suisse. Une fois qu'on a dit cela, le problème saute aux yeux. Myret Zaki
Merci pour votre commentaire. Les Américains dissimulent bien 1600 milliards de dollars à leur fisc, d'après le Sénat, et ce chiffre n'inclut pas les bénéfices de sociétés, mais uniquement les fortunes privées américaines. Ma source est un document du Sénat américain: "Tax heaven abuses: the enablers, the tools, and secrecy". Myret Zaki
Merci pour votre commentaire, mais permettez-moi de rectifier: les 1200 milliards que je cite n'incluent pas les bénéfices de sociétés, mais sont uniquement les avoirs non déclarés de fortunes privées américaines. En fait, d'après le sénat américain, ce sont 1600 milliards d'avoirs de High Net Worth Individuals américains (privés, donc) qui sont dissimulés offshore. J'ai donc même cité un chiffre trop bas. Voici la référence du document du Sénat: “Tax Heaven Abuses,the Enablers, the Tools, and Secrecy". Myret Zaki
C'est justement parceque les avoirs americains sont faibles dans les banques suisses que le "jeu en vaut la chandelle" pour le système US. Les grands acteurs americains autant en WM wue IB affaiblissent ainsi à faible coût le systéme bancaire suisse. A terme tous les acteurs savent fort bien que ce genre d'actions accélèrent les transferts vers des lieux où même le fisc US ne pourra rien ; HK, SG etc. A vrai dire je soupconne des Adminsitrations comme les US et l'Allemagne in fine de favorsiser Rubik mais après avoir "cleaner" le gros de ce qui est recuperable sur le passé. En effet ni les US, ni l'Europe n'ont intérêt à voir trop de liquidités monetaires partir en Asie déja en surplus. La Suisse connait trop de "secrets US" (represente les US en Irak etc) pour que l'Adminsitration US joue un "perdant perdant" (geopolitique, argent qui fuit à HK). Sur le coup je crois l'ambassadeur US qui dit "aider nous à nettoyer un peu les ecuries dAugias (admettons le, Wigelin est l'illustration de "on a été trop loin"), ameliorons tant soit peu Rubik et tout ira bien. Car on peut l'ecrire comme on veut "quitte à ce qu'il y est de l'argent non nominatif" , autant qu'il soit en Suisse et rapporte 26% aux Etats, que à HK, Panama etc et rapporte zero. Les US, l'Allemagne, la France en sont très conscients. Le temps joue pour la Suisse car nous le savons tous " il y a de "grosses têtes" qui vont finir par trouver la parade (outils comme fondations) etc.
Face au Far west fiscal, il est vivement souhaitable que les banquiers suisses imitent la décision courageuse et énergique prise par le directeur de la Reiffeisen Monsieur Pieren Vincenz envers les clients ayant un lien avec les USA
Il est toujours étonnant de constater que les pays avec les systèmes fiscaux les plus complexes sont ceux qui offrent le plus de possibilités de niches à leurs personnes résidentes morales et physiques, les plus riches surtout, soit celles qui peuvent se payer un ou plusieurs des dizaines de milliers de conseillers fiscaux qui vivent (plutôt bien) de ces systèmes et qui ont donc intérêt à les maintenir aussi complexes que possible. L'Allemagne, à elle seule, produit 50 % de la littérature mondiale fiscale, avec les Etats-Unis, ils doivent arriver à 80 % au moins. Résultat: les grands groupes américains ont des possibilités de réduction fiscales qui sont en fait de puissantes subventions camouflées. Il en va de même en Allemagne, en partie il est vrai. Les citoyens les plus riches de ces pays ne vivent pas en Suisse, à Londres, aux Iles Vierges ou à Dubai. Mais chez eux, à la maison, tout simplement. Il y a assez de niches et de montages possibles pour s'en tirer à bon compte, en tout cas mieux que les PME et les citoyens moyens. Les meilleurs fiscalistes de ces pays sont chers, mais "it doesn't cost, it pays" comme disent les américains. Les causes de l'aggressivité fiscale de ces deux pays envers l'étranger seraient-elles à chercher dans le fait que leur miriade de fiscalistes y voient un volume d'affaires à récupérer? Ceux qui ont cachés des revenus ou de la fortune à leur fisc, s'ils sont américains ou allemands et riches, sont des imbéciles ou des avares. Il suffisait de trouver un bon et très cher fiscaliste dans son pays. Les banques auisses qui les ont aidés sont punies d'avoir pris pour clients des personnes qui étaient bêtes et de mauvais gestionnaires de leur biens. Le client est roi, mais chosissez vos rois.

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