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EconomieLes 300 plus richesAprès le plongeon, la stabilisation. La richesse totale des plus fortunés recule de 10 milliards de francs. Une contraction limitée au regard d'un début d'année catastrophique. |
Dossier coordonné par Nicolas Pinguely - Bilan No.21 - 04.12.2009
Pour les 300 plus riches de Suisse, 2009 restera l'année où, inquiets, l'on panse ses blessures. Sur douze mois, leur fortune a reculé de 10 milliards à 449 milliards de francs et retrouve les niveaux de richesse de 2006. Cette contraction est sans commune mesure avec celle de 70 milliards enregistrée en 2008 au plus fort de la crise financière et de la récession. Il n'empêche, le temps où la richesse accumulée grimpait année après année pour culminer à 529 milliards en 2007 semble révolu. L'exercice écoulé n'aura pas été de tout repos. Au plan économique, l'ambiance est passée de la panique au premier trimestre à un horizon se dégageant peu à peu au printemps. Il faut dire que la bonne fée des marchés est passée par là . La révélation est venue en mars. Les investisseurs ont parié sur le succès des plans de relance étatiques de quelque 5000 milliards. Résolument. La machine allait repartir. Progressivement, les Bourses ont retrouvé des couleurs et les 300 plus riches avec. Car leur fortune est fortement corrélée aux marchés.
A cet égard, l'exemple des Etats-Unis est parlant. Le magazine Forbes établit deux listes distinctes en mars et en septembre sur les personnes les plus riches de la planète. En mars, la fortune du fondateur de Microsoft, Bill Gates, s'était contractée à 40 milliards de dollars alors qu'elle s'est redressée à 50 milliards cet automne. Dans le même temps, l'indice S&P500 américain a gagné 60%.En Suisse, l'hémorragie a aussi été limitée. L'exercice écoulé se caractérise même par une relative stabilité. Ainsi, 73% des fortunes n'ont pas bougé d'une année sur l'autre. A l'opposé, 10% des classés ont vu leurs avoirs grimper pour un total de 17 milliards, alors que 17% les ont vus se contracter pour un cumul de 40 milliards. Quelque 13 milliards de francs ont été amenés par les nouveaux entrants dans le classement.
Chiffre mythique, le milliard fait rêver. Eh bien ils sont un peu moins nombreux que l'année précédente à pouvoir justifier d'une telle fortune. En Suisse, ils sont aujourd'hui 133 à en disposer, contre 138 l'année 2008. Les milliardaires détiennent à eux seuls 84% de la richesse totale des 300 plus riches. Mais ils sont les plus sensibles à la crise. Ils ont vu leur fortune se retrancher au total de 16 milliards. Le plus riche d'entre tous reste le fondateur d'Ikea, Ingvar Kamprad, avec 35 à 36 milliards. Cela le place au septième rang des fortunes mondiales. La crise semble avoir peu de prise sur son modèle d'affaires.
Durant l'exercice 2008-2009, ses ventes ont avancé de 600 millions à 32 milliards. Le célèbre vendeur de meubles met aujourd'hui l'accent sur la Chine. Cinq nouveaux noms viennent garnir la catégorie, essentiellement des riches étrangers venus s'établir en Suisse. Ils amènent dans leurs bagages 10,5 milliards. Il s'agit notamment du milliardaire danois Erik Hagen (4 milliards) et du prince allemand Albert de Thurn und Taxis (3 milliards). Le premier a fait fortune dans les grands magasins, avant de se fâcher avec les autorités fiscales norvégiennes. Puissant noble allemand, le second possède quelque 30 000 hectares de terres en Allemagne.
Zoom sur les vraiment riches. Parmi ceux qui pesaient 10 milliards l'année dernière, deux ont connu un exercice difficile avec un plongeon de 3 milliards chacun. Il s'agit de la famille Latsis dont la fortune recule à 7 milliards avec la crise bancaire. Ses participations dans la Banque EFG ont fondu. Viktor Vekselberg connaît aussi un exercice délicat. La chute du prix de l'aluminium l'a fortement affecté au travers de ses investissements en Russie.Malgré la crise, la fortune d'un certain nombre avance fortement. Margherita Agnelli de Pahlen, l'une des héritières de Giovanelli Agnelli, l'ancien patron de Fiat, voit la sienne exploser de 225% à 1,3 milliard grâce à un héritage revu à la hausse.
Le fondateur de Debiopharm, Rolland-Yves Mauvernay, n'est pas en reste. Son estimation grimpe de 57% à 1,1 milliard soutenue par son groupe pharma qui génère un chiffre d'affaires de 2,9 milliards. Jean-Claude Gandur, le fondateur de la société pétrolière Addax, a lui réussi un coup de maître. Il l'a vendue au chinois Sinopec pour 8,5 milliards, ce qui le fait progresser de 133% à 2,1 milliards.D'autres sont davantage à la peine. Avec un plongeon de 72%, la fortune de Madeleine Schickedanz subit la chute la plus importante (-1,3 milliards). La débâcle du groupe allemand de vente par correspondance Quelle la concerne directement. La partie est également difficile pour Philippe Hersant. Le patron de presse français est touché par le recul des recettes publicitaires dans les médias. Ses avoirs se contractent de 55% à 500 millions. Autre victime, la famille Peugeot voit sa fortune s'effriter de 50% à 3 milliards en raison du marasme qui plombe le secteur automobile.
De nouveaux entrants très médiatiques
Cette année, dix-neuf personnes rejoignent les 300 plus riches. Avec plus de 100 millions, le pilote de F1 Kimi Räikkönen est le second professionnel du volant à y figurer après Schumacher. C'est certainement Mark Bürki, le très médiatique fondateur de Swissquote, la banque de trading en ligne basée à Gland, que les lecteurs de Bilan connaissent le mieux, lui qui vient de se lancer dans la gestion de fortune électronique. Toujours dans la finance, Michel Thétaz, qui a créé la boutique de gestion institutionnelle IAM, rejoint aussi le cercle de ceux qui possèdent plus de 100 millions. Harry Borer, qui aurait encaissé 2 milliards du groupe Rolex pour lui céder le site de Bienne, y figure aussi en bonne place. Tout comme Frédéric Marguerre, administrateur du groupe pharma allemand Octopharma, dont la fortune est évaluée à 4 milliards.Un nombre élevé de femmes rejoignent le classement.
Alors qu'elles ne représentent que 7% du total des 300 plus riches, les femmes constituent 20% des nouveaux entrants. L'arrivée de la reine de la mode pour adolescentes Tally Weijl ne passe pas inaperçue. Moins connue est Grazyna Kulczyk qui a fait son beurre dans la bière en Pologne et qui dispose d'une fortune de plus de 1 milliard. Une autre reine des brasseries se trouve en tête du classement féminin. Charlene Lucille de Carvalho-Heineken, avec 6 milliards, demeure la femme la plus riche de Suisse et sa fortune est stable d'une année sur l'autre.
Athina Onassis, la célèbre héritière, y laisse, elle, quelques plumes. Deuxième femme la plus riche du pays, elle voit sa fortune reculer de 1 milliard en raison des difficultés rencontrées dans le transport maritime. Ce panorama ne saurait être complet sans mentionner la présence de nombreuses artistes tombées amoureuses de la Suisse: Nana Mouskouri, Tina Turner, Shania Twain et Anni-Frid Reuss du groupe suédois Abba.
Secteur par secteur
Rares sont les catégories qui ont regagné du muscle en 2009. Le luxe limite toutefois la casse (+900 millions). Cette légère progression est liée avant tout au fort rebond boursier des actions de deux ténors de l'horlogerie. Ainsi, la fortune de Johann Rupert, le président du conseil d'administration et nouveau CEO de Richemont (Cartier, Vacheron Constantin, etc.), croît de 1 milliard. La hausse est même de 1,5 milliard pour le paquet d'actions que détient Nicolas Hayek dans Swatch Group.Dans son ensemble, la catégorie industrie et technologie baisse un peu. Mais il y a de fortes disparités entre les acteurs. Prise dans la tourmente économique, la famille Hilti (systèmes de fixation) voit ses avoirs reculer de 1 milliard.
Dans le transport maritime, la fortune de Gianluigi Aponte (Mediterranean Shipping Company) se contracte aussi de 1 milliard. A l'opposé, les familles Schindler et Bonnard, actives dans les ascenseurs, relèvent la tête (+1 milliard). Dans le secteur de la technologique, André Kudelski (+200 millions) profite du rebond du titre de sa société. Portés par la hausse du prix du pétrole, les avoirs de la famille Lundin grimpent eux de 400 millions. Autrement, la stabilité est de mise pour de nombreux acteurs, notamment les familles Bata, Blocher ou encore Firmenich.Quant au secteur banque et finance (-5 milliards), il reste en difficulté. Le recul de la masse sous gestion de 2000 milliards de la place financière suisse depuis 2007 fait sentir ses effets. Ainsi, les fortunes de Benjamin de Rothschild et Edgar de Picciotto se réduisent de 1 milliard chacune.
La catégorie des plus riches, soit ceux qui possèdent plus de 5 milliards, demeure clairement sous pression (-14 milliards). Sur les 16 personnes la composant, 6 ont perdu entre 2 et 3 milliards cette année.Le secteur de services (-1,3 milliards) et celui des héritiers et investisseurs (-1,4 milliards) ne sont pas non plus à la fête. A l'inverse, comme en 2008, la stabilité est de mise dans l'immobilier et la pharma. Pour finir, le segment art et sport est marqué par le plongeon de Bernie Ecclestone, le patron de la F1, qui laisse 1,5 milliard dans un divorce.
La répartition reste pratiquement inchangée quant aux cantons que privilégient les plus riches: 24% sont établis à Genève, contre 26% en 2008. Suivent comme l'année dernière le canton de Vaud avec 16% et celui de Zurich avec 13%. Parmi les nouvelles têtes, 4 habitent Genève, 3 dans le canton de Vaud et 2 Zurich. Enfin, 2 nouveaux venus ont choisi Zoug: Tally Weijl et Kimi Räikkönen.


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Pour entrer dans le classement des 300 personnes les plus fortunées de Suisse, établi conjointement par Bilan et Bilanz, il faut posséder des avoirs d’au minimum 100 millions de francs. Tous les titulaires d’un passeport rouge à croix blanche sont éligibles, ainsi que les étrangers qui résident sur sol helvétique. La fortune professionnelle, issue de l’outil de travail, ainsi que les patrimoines hérités sont pris en compte dans notre estimation. La liste établie n’est pas exhaustive. Chaque année, le nombre de personnes susceptibles d’intégrer notre classement dépasse largement les 300. Nous ne sélectionnons alors que les portraits qui nous semblent les plus intéressants en fonction de l’actualité. Dès lors, certaines personnes peuvent sortir du classement à un moment donné puis y être réintégrées l’année suivante, sans pour autant avoir subi un revers de fortune.
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Bilan: Stéphane Benoit-Godet, Jean-Philippe Buchs, Luigino Canal, Fabrice Delaye, Jean-Raphaël Fontannaz, Michel Jeannot, Cyril Jost, Laure Lugon Zugravu, Mary Vakaridis, Pascal Vuistiner
Bilanz: Corinne Amacher, Stefan Barmettler, Jörg Becher, Harry Büsser, Harald Fritschi, Marc Kowalsky, Iris Kuhn-Spogat, Stefan Lüscher, Susanne Mühlemann, Thomas Müller, Erik Nolmans, Walter Pellinghausen, Bernhard Raos, Dirk Ruschmann, Hansjörg Ryser, Dirk Schütz, Christian Wapp, Francesco Welti
Documentation: Raymond Esatoglu, Anne-Marie Jaquier
Crédit photo:D.R.
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