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Crédit photo:swiss-image |
wefComment Le forum de davos a réussi à tuer la contestationLe WEF, longtemps critiqué pour son côté «boîte noire», a ouvert ses débats à YouTube et autre Twitter. Avec succès. |
Par Fabrice Delaye
Un million et demi de suiveurs sur Twitter, 1214 vidéos publiées et visionnées plus de 3,5 millions de fois sur YouTube, 3400 photos de stars de la politique et de l’économie quasi libres de droits sur Flickr, 4680 fans sur Facebook. N’en jetez plus! Converti relativement tard à Internet, le World Economic Forum (WEF) caracole pourtant à la pointe des réseaux sociaux.
Si son site date de 1998, c’est depuis 2004 et la mise en place de son premier carnet en ligne par le fameux blogger français Loïc Le Meur que l’organisateur du grand raout de Davos multiplie les initiatives sur le Web 2.0. En entretenant ainsi les réseaux sociaux, le WEF a gagné par rapport à l’Internet classique une vraie valeur ajoutée. Et cela à différents niveaux.
En choisissant d’annoncer d’abord sur Twitter que Nicolas Sarkozy sera le premier président français à participer au forum, cela n’a pas empêché la nouvelle d’être reprise dans 335 articles en français et 279 en anglais selon Google News. «Pour nous, ce réseau social est devenu un véritable média officiel», s’enthousiasme Matthias Lüfkens, porte- parole du WEF et architecte des réseaux sociaux au siège de l’organisation à Cologny. «Avec Twitter, nous faisons les gros titres que nous développons ensuite sous forme d’articles via le blog», précise cet expert en buzz médiatique.
La vitesse de diffusion de Twitter suggère d’autres idées au forum. L’été dernier, il s’est ainsi essayé à un exercice d’interview via ce réseau avec la plus digitale des majestés, la reine Rania de Jordanie, membre du conseil de fondation du WEF et passionnée de réseaux sociaux. Au cours du prochain forum, divers participants comme Ben Verwaayen, CEO d’Alcatel-Lucent, vont étendre l’expérience en répondant en direct aux questions posées par les internautes via le site de messages instantanés.
La nécessité de prolonger le débat
Mais plus encore que l’instantanéité de la diffusion, c’est le caractère interactif des réseaux sociaux qui intéresse le forum. Avec un simple site, le WEF ne pouvait qu’afficher sa présence et offrir du contenu numérique. Dès 2000, il s’est alors intéressé à des technologies capables de prolonger toute l’année les débats entre les 2300 participants qui se retrouvent dans les Alpes grisonnes. Peu pratique à l’époque, cet Intranet a évolué pour devenir depuis deux ans une sorte de Facebook privé.
WELCOM, pour World Economic Leaders Community, ne permet cependant pas encore d’atteindre l’objectif ultime du WEF, à savoir d’engager la société civile dans son ensemble et si possible en direct. C’est le recours à YouTube à partir de 2006 qui va faciliter cette évolution. La plupart des sessions sont disponibles sur le site de vidéos de même que des interviews d’économistes lors de la publication des rapports comme celui sur la compétitivité.
Mais le vrai changement se produit fin 2007. Sur Twitter depuis quelques mois, le WEF se convertit à l’interactivité avec un nouveau canal sur YouTube et Myspace: «The Davos question.» Là , les vidéos ne viennent plus de l’organisation mais des internautes. Ils sont invités à poster un clip pour présenter leurs causes. La meilleure de ces contributions, choisie par un jury, vaut à son auteur un voyage tous frais payés dans la station grisonne. Cette année le jury composé de l’écrivain Paolo Coelho, de l’éditorialiste Arianna Huffington et du banquier des pauvres Mohammed Yunus a trié cinq finalistes présentés ensuite au suffrage des internautes. Les deux gagnants sont non seulement invités à Davos mais s’y exprimeront sur un panel.
Le forum ouvre aussi ses conférences de presse via Livestream.com. Pendant leur diffusion en direct, les internautes posent leurs propres questions comme dans un chat. Enfin, le WEF organise depuis l’an dernier des sondages éclair sur Facebook. «En 2009, à l’occasion d’une session d’économistes sur la relance de l’économie américaine, nous avons consulté les internautes. En quarante-cinq minutes, 120 000 se sont exprimés. Et, le résultat a abouti à des conclusions inverses de celles des économistes: 69% des sondés ont manifesté un manque de confiance sur les chances de ce plan», rapporte Matthias Lüfkens.
Dans l’exploration de ces différentes technologies, le WEF a naturellement connu des revers. Les interviews dans le monde virtuel de Second Life ont fait long feu. Mais quand il met dans la balance l’interactivité qu’apportent au forum les réseaux sociaux et le risque de dérapage, Matthias Lüfkens n’a pas d’hésitation: «Bien sûr, c’est sans filet. Les questions et les commentaires arrivent pratiquement sans filtre. Les médias sociaux imposent une plus grande ouverture et plus transparence. Mais c’est précisément ce que nous voulons.»
Des risques de dérapages
Reste que l’usage de Facebook comme de Twitter se répand parmi les participants – une centaine est active sur Twitter. Rien ne les empêche de «balancer» par ce biais pendant le forum. De même avec des réseaux sociaux qui diffusent en direct des images prises par téléphone portable, on ne peut pas exclure que le prochain «casse-toi pauv’con» (en référence à la séquence filmée de Sarkozy au Salon de l’agriculture) ne soit pas diffusé en direct depuis Davos.
Face à ces risques, le forum a précisé quelques règles. Comme pour les journalistes, il recommande aux participants de ne pas piéger les gens en diffusant leurs propos sans leur consentement. Cela dit, Matthias Lüfkens le reconnaît: «Nous n’avons aucun contrôle. Et en réalité, nous n’en avons jamais eu.»
Du point de vue du forum, ces risques ne pèsent pas lourds vis-à -vis de l’interactivité que facilitent les réseaux sociaux. Davos étant avant tout un vaste brassage d’idées, la possibilité d’impliquer le grand public est considérée comme stratégique. Et il n’y a guère de doute que le public soit demandeur. Les clips de «the Davos question» qui permettent aux anonymes de s’impliquer ont été visionnés deux fois plus (7,3 millions de fois) que ceux mis en ligne par le forum lui-même. Interrogés par le WEF, ses «followers» sur Twitter veulent plus d’interactivité, soit la possibilité de prendre la parole.
Les réseaux sociaux sortent la très exclusive réunion de Davos de sa tour d’ivoire. C’est certainement bon pour son image et cela enrichira ses débats. Reste cependant à savoir comment les participants réagiraient au test d’un éventuel dérapage.
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