
Perte de 640 millions de francs au quatrième trimestre, litige fiscal aux Etats-Unis (provisionné à hauteur de 300 millions), plaintes liées au marché hypothécaire américain. Credit Suisse a créé la surprise, le 9 février, en annonçant ces mauvais chiffres et les nombreuses provisions qu’elle doit prendre sur le marché américain. Deux jours avant, UBS annonçait une chute de 76% de son bénéfice du quatrième trimestre, et une banque d’affaires également dans le rouge. Aucune activité américaine de ces deux banques n’est rentable sur la durée. Fin 2011, les deux banques annonçaient chacune 3500 suppressions de postes, à peine trois ans après le sauvetage d’UBS et les injections massives des banques centrales au profit du secteur. Quant à leurs divisions de gestion de fortune, elles attirent aujourd’hui moins du tiers des montants récoltés avant 2008. Désormais, les deux groupes se voient incités à réduire considérablement la voilure de leurs banques d’affaires, pour s’adapter à la nouvelle donne réglementaire (Bâle III). On se dirige vers un modèle de banques de gestion adossées à une annexe de banque d’affaires, au service des clients haut de gamme du private banking. Pourtant, ces établissements ne juraient encore récemment que par leur «modèle intégré». A l’heure du bilan, le concept de «one bank», adopté au début des années 2000 par UBS et Credit Suisse, n’a clairement pas fait recette. Il impliquait que la gestion de fortune et la banque d’affaires s’interpénètrent au maximum, attirant des grands entrepreneurs vers la gestion privée, et offrant aux clients privés les services de la banque d’affaires. Même la crise subprime, qui a coûté à UBS 35 milliards de pertes cumulées entre 2007 et 2009, n’a pas eu raison de l’attachement du management à ce modèle. En effet, alors que la banque devait uniquement sa survie au sauvetage de la BNS (Stabfund), son CEO d’alors, Oswald Grübel, a réitéré sa confiance dans le modèle intégré jusqu’à son départ en septembre dernier. Même discours chez Credit Suisse, avec la force convaincante d’un Brady Dougan légitimé à défendre un modèle admirablement préservé malgré la tempête des subprimes. Mais en 2009 déjà, alors que les banques d’affaires des deux groupes étaient encore déficitaires (UBS) ou très affaiblies (Credit Suisse), des attaques sans précédent venaient frapper, cette fois, leur gestion de fortune. Coup sur coup, UBS livrait 250, puis 4500 noms de clients aux Etats-Unis; et la Suisse adoptait le standard OCDE en matière d’échange d’informations fiscales, mettant fin à son secret bancaire international. En 2011, c’était au tour de Credit Suisse d’entamer des négociations avec la justice américaine.
L’eldorado asiatique
Face à leurs malheurs américains, UBS et Credit Suisse ont eu plus de chance en Asie. En 2011, les afflux d’avoirs frais récoltés par UBS proviennent essentiellement de la clientèle Asie-Pacifique et des pays émergents. Pour les deux établissements, l’Asie et les autres pays émergents sont un eldorado clairement sous-investi. Aux clients des nouveaux pays riches, UBS et Credit Suisse sont bien placées pour proposer des juridictions plus compétitives que la Suisse, jouissant des atouts de confidentia-lité anglo-saxonne et asiatique, désormais supérieurs. A ce jour, trop d’investissements en infrastructure et en salaires restent concentrés sur les Etats-Unis, un marché où les deux grandes banques sont déficitaires sur les dix à quinze ans écoulés. Sans le marché américain, le modèle intégré aurait pu faire sens, car il n’aurait pas été déséquilibré par les pertes excessives de marché, qui sont indirectement responsables du durcissement des règles de fonds propres (Bâle III), ni par le coût des graves litiges fiscaux américains, directement dommageables au modèle suisse de gestion de fortune.
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