Le contraste est frappant: alors que les groupes horlogers ont continué d’engager, les banques ont commencé à serrer les boulons. A Genève, Richemont passe devant Pictet & Cie, tandis que Patek Philippe devance désormais HSBC et BNP Paribas. Quant à Chopard, il ne cesse de croître et laisse derrière lui JP Morgan et l’Union Bancaire Privée. Tout un symbole au pays du tertiaire! Sur Vaud, c’est Swatch Group qui dépasse Bobst, et sans doute bientôt la Banque Cantonale Vaudoise. Mais cela ne signifie pas pour autant que le secteur industriel ne souffre pas. Outre Bobst, Lonza vient d’entamer une importante restructuration, sans oublier la fermeture de Merck Serono.
Notre radiographie de l’économie privée en Suisse romande n’est certes pas parfaite – dans les cantons les plus peuplés, près d’un tiers des entreprises ne jouent pas le jeu – mais elle reste l’unique synthèse permettant de mesurer l’évolution de son état de santé. Se voulant exhaustive, elle permet de voir, année après année, l’évolution des effectifs.
Si nous pouvions intégrer la partie francophone du canton de Berne, dont Bienne, notre classement consolidé serait différent. Swatch Group devrait sans doute devancer Richemont, tandis que Rolex doit dépasser les 6000 personnes.
Genève
Toujours Rolex
Contrairement à ce que l’évolution des effectifs de ces dix dernières années laissait présager, Procter & Gamble n’est pas devenu le 2e plus gros employeur privé de Genève. En février dernier, la multinationale annonçait la suppression d’ici à fin 2013 de 10% de ses effectifs. Concrètement, un plan visant à favoriser les départs volontaires a été mis sur pied, ainsi que le non-remplacement des départs naturels. L’objectif est de se stabiliser aux alentours des 3000, en tenant compte de la croissance des activités actuelles. Dans le même temps, Rolex et Migros ne vont plus tellement voir croître leurs effectifs. La tendance est là aussi à une stabilisation.
A l’inverse, on assiste à la poursuite de la montée en puissance du groupe Richemont, qui grimpe au 4e rang! Il devance désormais Coop et Pictet & Cie. En 2011, ce même groupe, dont le siège mondial est à Bellevue (GE), était déjà passé du 8e au 6e rang, devant UBS et Firmenich. Et, cerise sur le gâteau, Patek Philippe effectue une entrée remarquée dans le top 10. Il est vrai que Merck Serono, 12e en 2011 avec 1300 salariés, a entre-temps implosé, tandis qu’HSBC et BNP Paribas tentent de survivre aux attaques incessantes contre le secret bancaire.
Le secteur bancaire a entamé son déclin, avec ce que cela laisse présager quant aux futures recettes fiscales. Il est tout de même surprenant que la première banque, Pictet & Cie, ne soit «que» au 5e rang, tandis qu’UBS (117 emplois) parvient à rester au 7e rang. Par contre, HSBC dégringole de la 9e à la 12e place du fait que ses effectifs se contractent de plus de 10%.
Précisons qu’outre Merck Serono (feu Ares Serono qui occupait 510 personnes en 1998) amené à disparaître, d’autres ont aussi connu un sort identique: SAir Group (5e en 1999 avec 2750 salariés), Reynolds Tobacco, Similor-Kugler, La Genevoise Assurances, Groupe Curchod, Crédit Lyonnais, Groupe ING, Ferrier Lullin, Mövenpick, Jelmoli ou encore Merrill Lynch. A l’inverse, relevons la montée en puissance de Japan Tobacco International, désormais 16e (22e en 2011, 43e en 2005).
Selon une étude menée par la Chambre de commerce et d’industrie, l’évolution prévisible de l’effectif du personnel pour 2013 est en diminution pour 19% des entreprises de plus de 100 personnes, stable pour la majorité, soit 57%, et en hausse pour 24% d’entre elles. Mais si on analyse les réponses non pas en fonction du nombre d’entreprises mais du nombre de salariés concernés, cela donne un autre résultat: 38% (soit 13 entreprises représentant 15 516 emplois) vont diminuer le nombre de postes de travail, 36% le maintenir stable (14 843 emplois concernés) et 26% seulement l’augmenter (10 397 postes de travail). Bref, les résultats de la dernière enquête conjoncturelle ne sont guère réjouissants.
Vaud
Nestlé impérial
Entre 2002 et 2011, Nestlé a investi plus de 3,3 milliards de francs en Suisse et créé plus de 3000 nouveaux postes de travail. Et sur les quelque 10’000 emplois situés en Suisse, près de 8000 se situent en terres vaudoises. Ses investissements se reflètent au niveau de son classement en termes de producteur agroalimentaire: 3e derrière Migros et Emmi. Actuellement, Nestlé dépense 50 millions à Orbe pour y créer un centre dédié à la recherche et au développement pour les machines accueillant des capsules. Et le géant helvétique est en train de construire son 3e centre de production de capsules de café Nespresso à Romont (FR) pour 300 millions de francs. Pas étonnant dès lors de constater sa supériorité.
On constate également l’apparition de Swatch Group, lequel refusait jusqu’alors de communiquer ses effectifs par canton. Certaines de ses marques jouent désormais le jeu (Blancpain, Montres Breguet et François Golay), mais pas toutes. Le géant horloger surgit ainsi au 5e rang, juste derrière la Banque Cantonale Vaudoise (-88 personnes). A l’inverse, Bobst a entamé voilà un an un vaste programme de restructuration et n’a pas souhaité être transparent sur ses effectifs au 1er septembre. Le chiffre de 420 suppressions de postes d’ici au 2e trimestre 2013, sans opérer de licenciements, avait été alors brandi, d’où notre estimation prudente (-190).
Parmi les bonnes nouvelles, la croissance des effectifs de Philip Morris: +68 personnes sur Vaud. Le cigarettier se place devant McDonald’s, qui opère une mutation du type de ses contrats de travail afin de favoriser des temps de travail plus élevés. Le second groupe horloger du pays, Richemont (9e), poursuit aussi sa progression et passe devant Manor et Galenica. C’est le reflet d’une politique d’investissement très poussée, notamment avec la marque Jaeger LeCoultre, mais pas seulement.
Il est intéressant de constater que Vaud comme Genève ont la chance de disposer de 15 entreprises occupant plus de 1000 salariés. Dans les autres cantons romands, il n’y en a guère plus de 4, au mieux. En ce qui concerne le secteur bancaire, il est piquant de voir que la BCV arrive en 4e position des employeurs vaudois alors que Pictet & Cie n’arrive «que» 5e. Mais de là à déduire que la place financière vaudoise serait plus importante que celle du bout du lac, il y a un pas à ne pas franchir. Parmi les 100 plus grands employeurs genevois, 17 sont des banques qui totalisent 14 750 postes de travail. Sur Vaud, on ne recense que 6 acteurs comptabilisant 4751 emplois.
Plus globalement, selon les dernières valeurs calculées par l’Institut Créa, on assiste à une «résistance réjouissante de l’économie vaudoise». Les perspectives semblent favorables pour les activités tournées vers le marché domestique: la construction, les activités immobilières, les services aux entreprises et les services financiers. «Des vents contraires sont en revanche perceptibles dans les transports et les télécommunications, l’hôtellerie-restauration et l’industrie alimentaire.»
Valais
Restructuration chez Lonza
Le Valais est sous le choc de l’annonce faite voilà quelques jours par Lonza: supprimer 400 emplois sur son site de Viège. Or, il faut savoir qu’il s’agit de loin du plus important employeur du canton. Notre classement des 30 plus gros employeurs valaisans totalise quelque 16 300 emplois. Raison invoquée par le chimiste: rendre le site rentable, étant donné que 70% de ses produits courants sont soumis à intense concurrence à cause de la force du franc, des coûts élevés de l’énergie et des niveaux des salaires en Suisse. Rappelons qu’en 2011 la direction de l’entreprise avait augmenté le temps de travail hebdomadaire de 41 à 42,5 heures sans compensation salariale.
Autre mauvaise nouvelle: la restructuration chez Constellium Valais. Cet été, la direction et les représentants du personnel ont signé un accord. Le plan social limite le nombre de licenciements secs. Sur les 120 suppressions de postes initialement prévues, l’accord prévoit 78 mises à la retraite anticipée, 13 reclassements internes et 29 licenciements. Les trois sites valaisans de Sierre, Chippis et Steg sont touchés par ces mesures.
Au final, Syngenta (+70) se place devant Constellium, tandis que Raiffeisen passe devant Manor et BASF. Rares sont les grandes entreprises à avoir continué à recruter: le Groupe Mutuel (+42, soit +119 en deux ans), Novelis (+19), McDonald’s (+36) et Nestlé (+25). A l’inverse, Manor, Swisscom ou encore le groupe Galenica n’ont pas remplacé systématiquement les partants. Relevons la faible représentation du secteur bancaire (Raiffeisen, 7e, BCVs, 11e, et UBS, 22e).
Neuchâtel
L’emploi progresse, grâce aux secteurs horloger et médical
Comme l’an dernier, le canton de Neuchâtel a vu ses entreprises recruter massivement. Il faut dire que son économie s’appuie essentiellement sur deux piliers: l’horlogerie et le médical. Des quelque 16 000 emplois de nos 30 plus grands employeurs, plus de 7000 dépendent directement de la fabrication de montres. A commencer par les deux leaders suisses que sont Swatch et Richemont. A eux deux, ils ont créé près de 1000 emplois supplémentaires dans la région durant les deux dernières années.
Et les autres groupes ne sont pas restés inactifs. Ainsi TAG Heuer (LVMH) a massivement investi sur son site de La Chaux-de-Fonds et se retrouve désormais dans le top 10 des employeurs neuchâtelois. Sans parler de son chantier à Chevenez (Jura).
Bonne santé également pour le secteur médical. Entre Johnson & Johnson (5e), Baxter (8e), Celgene (9e) et Medtronic (30e), Neuchâtel se positionne dans ce secteur très pointu. Cela représente plus de 2000 postes de travail.
D’une année à l’autre, c’est Richemont (+211), Celgene (+88), Philip Morris (+68) et TAG Heuer (+65) qui ont été les plus gros créateurs d’emplois, suivis de Johnson & Johnson (+44), McDonald’s (+41), Medtronic (+34) et Securitas (+28). Quelques sociétés ont néanmoins suivi une autre tendance: Coop (-54), Groupe Galenica (-30) ou encore Manor (-29).
Fribourg
Les investissements pleuvent, Migros est en tête
Les feux sont au vert dans ce canton très peu tertiarisé. Nous avons décidé de consolider l’ensemble des sociétés du groupe Migros, ce qui donne une image plus juste de sa taille. Idem avec le Groupe E et ses sociétés: Greenwatt, Connect, Entretec et Electroménager, ce qui lui permet de grimper au 2e rang et de devancer Coop, Liebherr et le Groupe Richemont.
Les plus fortes progressions sont les suivantes: Coop (+154 emplois), Meggitt (+54), Groupe E (+50), Securitas (+47), Grisoni-Zaugg (+45) ou encore Liebherr (+28). A l’inverse, parmi les rares diminutions relevons celles d’UBS (-30), Elsa Mifroma (-24), Manor (-16), Groupe Galenica (-16, au sein de Sun Store) et Wago (-16).
Jura
Dépendance forte envers l’horlogerie
Dans le Jura, on assiste aussi à une montée en puissance de Swatch Group, suivi par son concurrent Richemont. Swatch Group, qui a procédé en avril dernier au rachat de Simon & Membrez à Delémont (250 personnes) où il fabrique des boîtiers de montres haut de gamme. Il s’est aussi emparé de 60% du capital de l’entreprise Termiboîtes à Courtemaîche, une firme spécialisée dans le polissage de boîtes de montres qui emploie une cinquantaine de personnes.
Par contre, dans ce petit canton, on constatera qu’aucune entreprise ne dispose de plus de 1000 collaborateurs. Ni même de plus de 500 salariés, car les 666 employés de Swatch Group se répartissent entre trois sociétés distinctes. Il semble que la plus grande société soit Donzé-Baume (groupe Richemont) qui approche les 500. Le futur site de Swatch Group à Boncourt devrait accueillir entre 500 et 700 personnes. Précision de taille: nous n’avons pas encore intégré au groupe Richemont les effectifs des sociétés Varin-Etampage et Varinor (250 personnes) puisque notre enquête se veut une radiographie au 1er septembre. Or ce dernier achat est intervenu le 2 octobre.
D’une année à l’autre, les plus fortes progressions ont été Orolux (+55), TAG Heuer (+22) et Richemont (+16). Et les plus fortes baisses BAT (-27) et Coop (-8). Relevons que TAG Heuer a annoncé en début d’année son intention de créer 150 emplois supplémentaires dans le Jura, soit un investissement d’une trentaine de millions.
Crédits photos: Nestle, Lonza, Rolex


