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Et si le franc fort mordait finalement moins fort?



L’appréciation du franc a mis les marges des exportateurs sous pression. Mais ils sont bien plus résistants que prévu.

Par Fabrice Delaye, le 15 février 2012

"J’avais anticipé 0% de croissance en 2012, mais je fais déjà +19% rien qu’en janvier", affirme le directeur d’un petit groupe hôtelier romand, l’un des secteurs réputés souffrir le plus du franc fort. Cette remarque étonne au moment où l’on évoque une exemption de TVA des hôtels et que le patron de la BNS, Thomas Jordan, peint des perspectives économiques très sombres. Se pourrait-il que l’envolée du franc vis-à-vis de l’euro n’ait pas des effets aussi catastrophiques qu’annoncé? Chez HotellerieSuisse, l’organe faîtier de la branche, on confirme officieusement qu’effectivement les nuitées ne s’effondrent pas, «même s’il y a de fortes disparités entre régions et établissements et que l’enneigement exceptionnel a joué en faveur des stations». Ce ne sont cependant pas les craintes sur le tourisme qui ont alimenté le catastrophisme que résumait une étude de l’Union syndicale suisse de septembre 2010. Celle-ci évoquait 100 000 chômeurs de plus à chaque appréciation du franc de 10%. La devise helvétique étant passé en trois ans de 1,50 à 1,20, jusqu’à ce que la BNS mette la barrière à ce niveau, c’est dans le secteur des exportations que se concentrent les difficultés. Chez Rüeger à Crissier comme chez Felco à Neuchâtel, deux entreprises qui exportent 90% de leur production, on atteste que, si la situation reste dure, la catastrophe redoutée n’a pourtant pas lieu. Christophe Nicolet, le patron de Felco, une entreprise particulièrement exposée aux marchés en crise d’Europe du Sud, constate que les volumes se maintiennent. Patron de l’entreprise éponyme et directeur de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, Bernard Rüeger, qui était lui-même dans le camp des inquiets, remarque que «les commandes reviennent».

La compétitivité, c’est plus que la devise

Certes, les deux entrepreneurs ont dû rogner massivement sur leurs marges (20% dans le cas de Rüeger et 15% pour Felco). Mais ils rappellent aussi d’autres aspects qui soulignent que la compétitivité des entreprises suisses ne se résume pas à celle du franc: flexibilité unique du travail (augmentée par les mesures de chômage partiel), qualité des produits (le fameux «Swissness»), innovation, positionnement sur des niches… A cela, Bernard Rüeger ajoute: «Nos PME se sont bien restructurées et ont pas mal de fonds propres. Les banques continuent à jouer le jeu sur le plan du crédit.» La crise de l’euro accélère enfin la diversification géographique. Felco vient d’emporter de «belles affaires» en Amérique latine. Ces exemples sont cohérents avec le dernier baromètre des PME réalisé en janvier par Ernst & Young. Neuf sur dix jugent positivement leur propre situation commerciale tout en étant pessimistes sur la situation générale. Ils le sont aussi avec ceux de l’administration des douanes qui enregistrent un record de l’excédent commercial en 2011 (24 milliards, +22%) malgré le franc. Certes, la croissance des exportations a ralenti à 2% contre 7% en 2010. Mais peut-on parler de catastrophe quand les ventes de la Suisse progressent de 26% avec la Chine, de 15% avec l’Inde et encore de 5,5% avec l’Allemagne, son premier partenaire? Au fond, cette force du franc est un révélateur: les efforts menés depuis des années par les entreprises suisses sur leur compétitivité les protègent plus que prévu. Certes, la pression est dure, et la barrière du 1,20 indispensable pour traverser le champ de mines politique que doit encore franchir l’euro. Mais il en va du pessimisme économique comme de l’exubérance, il fonctionne le plus souvent par bulle. Or, fondamentalement, il y a plus de chances désormais que l’euro suive le chemin haussier qu’emprunte déjà le dollar vis-à-vis du franc.


Crédit photo: Olivier Evard

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