A l’époque, le pari paraissait très risqué aux yeux des professionnels. Pourtant, la récente baisse du franc suisse semble donner raison à la Banque nationale suisse. Les 5 centimes perdus face à la monnaie européenne et les 2 centimes face au dollar valident sa politique d’expansion de la masse monétaire. Outre la BNS, qui voit ses comptes en devises étrangères réaliser une confortable plus-value estimée à 10 milliards, un grand nombre d’entreprises exportatrices vont largement profiter de cette nouvelle donne.
Parmi les gagnants, il faut citer les grandes banques (UBS et Credit Suisse) et les assurances (Bâloise Assurances et Zurich) dont une part non négligeable des bénéfices est réalisée hors de Suisse. Ces derniers se trouvent mécaniquement en hausse de 3 à 4% par un simple effet de change. Idem pour Nestlé ou Roche qui, contrairement à Novartis, publient leurs chiffres en francs suisses. L’industrie du luxe va également profiter de cet effet, comme Richemont (CFR) avec 35% de son chiffre d’affaires en zone euro et 40% en zone dollar, tout comme Swatch (UHR), 25% en Europe et 55% en Asie.
Cependant, les firmes qui profitent le plus de la baisse de notre monnaie sont surtout à chercher parmi les grandes exportatrices et principalement dans celles qui réalisent une grande part de leur chiffre d’affaires en Europe. Parmi elles, on peut citer le fabricant d’implants dentaires Nobel (NOBN) et son concurrent Straumann (STMN) qui réalisent 40% de leur activité en euros.
Oerlikon (OERL), qui écoule 83% de sa technologie solaire ou textile, mais aussi dans une moindre mesure Schindler, Sulzer ou Rieter, dont la production est principalement vouée à l’exportation. Ces dernières sociétés font également face à des reports de commandes de la part de leurs clients, qui devraient se concrétiser avec cette réduction de prix accordée par notre monnaie. D’autres firmes reçoivent ce bol d’air comme un coup de pouce dans un marché très concurrentiel à l’échelle du continent, à l’image de Charles Vögele (VCH) qui ne pouvait s’aligner sur ses concurrents européens tel Zara, ou les transporteurs Kuehne + Nagel (KNIN) et Panalpina (PWTN), qui se voient aussi offrir un avantage concurrentiel dans un marché très tendu.
Citons également Dufry (DUFN) dont le bénéfice de ses magasins hors taxes s’en trouve dopé, et DKSH (DKSH), la petite société de marketing et de distribution très active sur les marchés asiatiques, qui a réalisé quelques acquisitions, lesquelles seront d’autant plus profitables. Cette liste n’est pas exhaustive puisque la baisse de notre devise devrait profiter à l’ensemble des entreprises suisses qui ne sont pas importatrices, avec un seul bémol cependant, puisque la hausse du prix des matières premières pourrait faire repartir l’inflation.


