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Rémunérations

Et si le sport professionnel américain servait de modèle?

Les rémunérations sans limite sont devenues définitivement inacceptables. Mais comment maintenir l'émulation et l'incitation' Un embryon de solution pourrait venir du hockey, du basket ou du baseball.

Jean-Raphaël Fontannaz - Bilan No.259 - 22.10.2008

Même si le monde de la finance déteste cette approche, force est de reconnaître que les mégarémunérations et les jumbo bonus sont à la source de la capilotade actuelle. Pire pour la gent banquière: les arguments traditionnellement invoqués à l'appui de ces salaires pharaoniques tombent désormais à faux. Difficile en effet de prétendre que c'est le prix du marché!
Encore plus délicat d'arguer qu'il ne s'agit que d'un juste retour sur l'argent gagné. Car, si l'on fait les comptes, il apparaît bien vite que les énormes profits engrangés pendant les années fastes ont été plus qu'engloutis dans la crise actuelle et que le manco reste puissamment lourd. Même les modèles fondés sur les peer groups, sur les résultats d'établissements au profil similaire, deviennent contestables. Car la hausse des rémunérations dans une banque tire les autres instituts vers le haut, par effet d'aspiration et d'entraînement.
Dans ces conditions, il est évident que les systèmes de rémunération doivent être revus de fond en comble. D'autant plus qu'il y a désormais une masse folle d'argent public qui a été injectée pour sauver certains colosses bancaires. Le sujet devient même brûlant en Suisse puisque la Confédération vient d'assortir sa participation au sauvetage de UBSde «conditions concernant la politique de compensation (bonus et indemnités de départ)». On imagine d'ailleurs que cette pression fédérale risque bien de ne pas se limiter aux seules parties variables des rémunérations.
Fort bien. Mais quel modèle appliquer? Qui ne tue pas l'initiative et l'incitation. Qui ne bride pas le génie et le talent. Qui n'éradique pas l'émulation et la créativité. La solution pourrait venir des sports professionnels américains. Pour enrayer l'inflation sans fin des salaires, les principales ligues américaines (la NHLen hockey, la NBAen basket, la NFLen baseball, etc.) ont introduit un salary cap. Ce plafond salarial maximal permet de limiter l'accumulation de gros salaires dans une seule équipe. Outre un but d'équité entre les formations, cette barrière vise également à garantir la rentabilité de ces équipes professionnelles.

La victoire ne s'achète pas

Certes, ces limitations n'ont pas empêché une certaine inflation des rémunérations. En basket, le plafond était fixé 3,6 millions de dollars en 1984. Il atteignait 53 millions l'an passé. Le football américain connaît pour sa part un hard cap, réputé infranchissable mais qui culmine à 82 millions, selon les derniers chiffres. Néanmoins, la formule a l'avantage de mieux répartir les salaires au sein des équipes: avec un plafond à 50 millions de dollars, les salaires des hockeyeurs américains oscillent ainsi entre 450000 et 7,5 millions de dollars. Au passage, on remarquera que ces barrières n'ont pas réduit l'attrait de ces sports. Accéder à l'une de ces ligues professionnelles reste toujours le rêve caressé par des bataillons de jeunes.
Un mot encore pour relativiser par avance certaines objections de banquiers: les statistiques de la NBA démontrent qu'il n'y a pratiquement aucune corrélation entre les charges salariales d'une équipe et ses victoires. Ce qui tendrait une fois encore à prouver que le succès ne s'achète pas. Certains présidents du Real Madrid, de Chelseaou de l'AC Milanpeuvent certainement aussi en témoigner!
Photo: Kobe Bryant / © Jeff Lewis/Icon SMI



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